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Quand l’humain est capable du meilleur comme du pire

Nouvelles 2020-01-12
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Texte tiré de la revue Ensemble

Hiver 2019-2020
 

Le 31 octobre dernier soulignait le 70e anniversaire des Conventions de Genève signées en 1949. Pour l’occasion, le major-général Guy Chapdelaine s’est rendu à Rome où se déroulait le 5e cours international pour les aumôniers catholiques sur le droit humanitaire organisé par le Saint-Siège. Voici un extrait du mot prononcé par ce dernier en guise de conclusion.

Lors d’une visite à Srebrenica, j’ai eu le privilège de me recueillir au mémorial qui commémore le génocide de plus de 8 000 personnes qui ont été assassinées en juillet 1995, et ce, dans une zone de sécurité sous l’égide de l’Organisation des Nations Unies (ONU). Tragique page d’humanité qui dit haut et fort que l’être humain est capable du meilleur comme du pire. Nous avons le devoir de faire mémoire, mais surtout l’immense responsabilité d’apprendre et de changer le cours des choses.

Le cœur humain demeure toujours le lieu par excellence du conflit entre le bien et le mal. La réalité de la guerre moderne a bel et bien évolué. Nous faisons face à une situation perpétuelle de conflits incluant le nouvel environnement du cyberespace et les nouvelles technologies, comme les drones et l’intelligence artificielle. Ces facteurs viennent changer radicalement le visage de la guerre contemporaine.

Dans ce monde où sévit cette « troisième guerre mondiale par morceaux », pour reprendre l’expression du pape François, cette guerre est l’affaire de tous.

Le mandat des aumôniers militaires est de prendre soin, d’abord et avant tout, des militaires canadiens en uniforme. Le mandat est vaste. Néanmoins, plusieurs initiatives spontanées de nos aumôniers ont permis d’établir des ponts avec les populations vulnérables. Je crois que nous gagnerions certainement à en faire une démarche plus consciente et structurée.

En lien avec cette notion de reconnaître et de protéger les populations vulnérables, le Canada a déployé un effort considérable ces dernières années pour intégrer dans sa doctrine et sa préparation opérationnelle, la réalité des enfants soldats. Nos militaires étaient mal préparés pour faire face à une telle réalité.

Un de mes aumôniers, déployé en Afghanistan, me racontait qu’il avait accompagné un jeune militaire qui a fait dû faire feu sur un jeune orphelin afghan. Il venait régulièrement au camp canadien, il était accueilli et on lui fournissait de la nourriture. Mais ce jour-là, il se présenta avec une tunique beaucoup plus ample que d’habitude et il s’avançait vers la barrière canadienne, les yeux mouillés, sans ralentir le pas. Le militaire canadien a finalement dû faire feu sur la menace potentielle qu’il représentait. Les talibans avaient forcé l’enfant à se présenter à la clôture du camp canadien avec une ceinture bourrée d’explosifs. Il y a eu deux morts ce jour-là : le pauvre enfant afghan et l’innocence de ce militaire.

À son retour au Canada, ce militaire fut soigné pour un état de stress post-traumatique. Comme aumônier militaire, comment accompagner un tel soldat qui souffre d’une grave blessure morale ? Sommes-nous outillés à faire face à cette réalité ? Honnêtement, il reste beaucoup à faire et c’est pourquoi le Service d’aumônerie royale canadienne organisera au cours des prochains mois, un colloque sur la question de la blessure morale. C’est un vaste chantier.

Le Service d’aumônerie royale canadienne collabore depuis quelques années avec le programme Enfants Soldats du lieutenant-général à la retraite Roméo Dallaire, qui vise à mettre fin au recrutement et à l’usage d’enfants soldats dans les conflits armés. Certains de nos aumôniers ont connu cette réalité dans leur pays d’origine, d’autres l’ont entendu à travers le récit de militaires déployés outre-mer. Nous tâchons de travailler en amont, en sensibilisant nos aumôniers et la chaîne de commandement militaire à cette réalité d’enfants soldats et comment faire face à cet enjeu.

La multiplication des articles de lois et des conventions ne doit pas nous faire perdre de vue que « la loi » cherche à limiter et restreindre l’expression du mal que l’être humain peut faire subir à autrui, mais « la loi » si parfaite soit-elle, ne peut le contenir totalement. Seul un cœur sincère et profondément converti à l’Amour le peut.

Dans ce « monde où grandit l’indifférence », il est encore temps d’agir. Il est trop tard pour ce jeune orphelin afghan, mais pas pour celui qui vient de naître !

Major-général Guy Chapdelaine

Aumônier général des Forces armées canadiennes

130, rue de la Cathédrale
Sherbrooke (Québec)  J1H 4M1

Téléphone  : 819 563-9934
Télécopieur : 819 562-0125

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