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Nous, voyageurs…

Nouvelles 2019-12-24
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Texte tiré de la revue Ensemble

Hiver 2019-2020

Ils sont partis sur ordre d’un seigneur qui n’était pas le leur dans l’inconnu qui les attendait pour se faire reconnaître par un maître qui ne pouvait les faire exister autrement. Simple recensement !

Ils sont partis comme toute famille sacrée avec pour tout bagage l’âne sans le bœuf. Ils portaient simplement l’essentiel avec eux : la mère et l’enfant à naître, le merveilleux de la vie à venir !

Les temps étaient rudes et les convoitises nombreuses sur ces routes encombrées ; c’était à qui pourrait à chacune des escales, trouver finalement refuge et pitance avec pour seul espoir de repos celui de l’épuisement des sens au fil de ces longues marches. Le soir venu, nos voyageurs ne trouvèrent rien de mieux qu’un peu de paille, douce ripaille pour un ruminant tout en prière au creux du rocher. L’accueil fut glacial, le ciel était clair et vide. Toutes les étoiles portaient en toute modestie au firmament leurs messages d’éternité.

C’est là qu’ils décidèrent de s’installer pour le grand jour. Arrivés au milieu de la nuit, là dans ce grand désordre de la vie, survenu le temps de l’enfantement. Un terme à la gestation du monde que Dieu trouva convenable à cette heure et en ce lieu pour nul autre commencement…

Là en terre étrangère, sans ressource pour le lendemain, autre que leur espérance, ils prenaient racine au cœur de l’humanité. Famille du monde, hors des attroupements de la ville, mêlés aux veilleurs et de voleurs dans la nuit.

« N’ayez pas peur ! » dû-t-on expliquer aux bergers apeurés de se retrouver en pleine lumière, eux installés à demeure dans ces contrées hostiles où règne la bête à ces heures sombres. À eux, habitués à lire les moindres changements, les allées et venues du temps et du vent, à reconnaître les signes du ciel, on proposait simplement d’accueillir une promesse dans toutes ses manifestations. Eux qui étaient du pays devaient faire place au grand dérangement !

« N’ayez pas peur ! ». C’est la vie qui s’installe à demeure parmi vous en cette nuit. Il y a toujours place dans l’infini pour une nouvelle étoile. Tout au plus, passons-nous ici des dimensions de l’homme à celles que se donne Dieu dans l’immensité des cieux. On ne naît pas fils ou fille dans l’indifférence, dans le silence et l’abandon des astres au plus haut des cieux ! Il s’en faut bien !

« N’ayez pas peur ! ». Ce cri dans la nuit glacée, c’est celui de l’enfant premier à naître, l’Alpha et l’Oméga, celui du cri primal et de l’expiration finale… de ce dessein voulu par Dieu pour la recréation de l’homme.

Alors de bergers, ils devinrent visiteurs à leur tour sur leurs propres chemins, avides de tant merveilles convoitées malgré leur crainte. Déjà de célestes oraisons trouvaient écho jusque dans l’au-delà ! Ô mille frissons que ces allégresses toutes en réverbération contre les montagnes de nos prétentions. Allez joyeux et priez l’Enfant de la promesse donnée éternellement en cette nuit. Voyez là, cette mère qui nous devance déjà en cela.

Depuis cette nuit, ils sont devenus nomades comme leurs troupeaux, errant à la recherche d’un pasteur disparu depuis l’aube de ce jour ; ils cherchent ardemment depuis ce jour qui compte pour toutes leurs nuits d’errance.

Peut-être ont-ils été de ceux qui ont su le reconnaître trente ans plus tard sous d’autres cieux ?

J’en suis. Et vous ?

Normand Paquette

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